Au dessus du lavabo, le miroir reflète un semblant de moi pas tout à fait réveillé.
Le goût du dentifrice se mélange à mon haleine encore chargée d’alcool.
Mes yeux rougis par le sang tentent de faire l’état des lieux d’un visage ravagé par une nuit trop courte.
Devant moi, des petits tubes de crème sont rangés consciencieusement. Je cherche celui qui est censé  atténuer les cernes. Je le trouve. Je me masse la face sans grand intérêt.
Je sors de la salle de bains en évitant mon reflet.
Des images approximatives de gens, de verres, de néons, de spots de couleurs, de robes, de silhouettes, de peau, me viennent à l’esprit sans que je cherche vraiment à me souvenir, et ce goût dans la bouche…

 

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Un battement, doucement, doucement. Un souffle, délicieusement hurlant.

   La chaleur l’avait laissée, au réveil. Le drap contre sa peau lui paraissait rêche, faible palliatif de ces mains fiévreuses, qui avaient tant de fois laissé son corps essoufflé. Elle s’était arrachée du rêve trop présent à la sonnerie stridente du réveil. Elle aurait bien voulu se retourner, se rendormir, retrouver les bras heureux.

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J’adore écrire. C’est vrai, j’adore ça. C’est un bruit qui me berce, qui me calme, qui m’apaise ; c’est la musique silencieuse de la plume qui glisse plus ou moins bien sur la feuille à carreaux si scolaire. J’en fermerais les yeux.

J’adore écrire. C’est vrai, j’adore ça. C’est un si grand plaisir que de savoir mettre les mots dans le bon ordre, de leur donner un sens ou pas ; c’est la farandole immobile de lettres calligraphiées avec soin et desquelles ressort une signification. J’en ouvrirais les yeux.

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Par Kler

Nous sommes pire que des enfants à embrasser le vent et faire les yeux doux au moindre précipice. Incontrôlés et inadaptables, nous infligeons de violentes torsions au réel. Bien sûr, nous nous y cognons plus qu’à notre tour; puisque c’est là que réside notre définition du mot vivre.
Lorsque j’y pense, je me dis que l’irrévérence de nos vies dissolues tient uniquement de l’ultime subversion de la langue. Ainsi; je n’ai appris à parler qu’à trente ans, le jour où je décidais d’abandonner ma langue maternelle. Je veux dire que si j’en conserve les phonèmes, les mots que j’utilise à présent, ne sont devenus intimes qu’après la perte d’un verbiage, dont j’ai su, suite à nombres d’errances, qu’il ne saurait jamais me convenir.

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Je les regarde ces couples tristes qui discutent sur les canapés, j’ai toujours évité d’être comme eux. La soirée est animée, les gens sont ivres et la musique bien trop forte. Eux sont là, à parler entre couples, bien moins joyeux que les autres, bien plus sobres, on dirait qu’ils s’ennuient, qu’ils ont l’habitude de s’ennuyer…
Posé avec mon whisky, je regarde les gens défiler. Pas mal de beaux mecs bien habillés, de jolies femmes pleines de style…tout juste ce que j’espérais.

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      A force d’écrire, de se relire, de retravailler, un mot plutôt qu’un autre ; à force d’être sans arrêt à parler de soi à travers les histoires, on a peut être plus que d’autres accès à des parts de nous qui restent lovées en général. Sans doute, si j’inclus tant de personnages féminins ou masculins borderline ou fous à lier dans mes textes c’est que je domestique ma peur de la maladie mentale (le monstre des femmes desquelles je suis issue: ma mère en première ligne).Surtout ne pas reproduire, ne pas être atteinte. Une forme de conjuration mieux encore qu’une thérapie: verbaliser, dessiner ce qui m’effraie le plus pour en faire une menace innoffensive. Je la jette sur le papier comme on balancerait de l’antiseptique sur une plaie purulente. Cette part d’inconscient qui me pousse à aller vers ces personnages là, comme en terrain connu, avec autant de dégoût que d’envie. Parce que ce désordre m’est familier. Difficile de savoir peindre les jolies choses quand ce qu’on connait le mieux est abimé, failli, mouvant. Parce qu’ on finit par faire corps avec cette singularité. Parce que j’aime à voir mes orteils au dessus du précipice alors que je sais, je sens, mes talons bien arrimés. Fascinant de voir comme on apprend à se protéger, à redire la réalité quand on peut écrire. Ma résilience passe par là. Ecrire, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à avoir sorti tous les fantômes du placard.

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Il y avait étonnamment peu de circulation. Quelques taxis, un cycliste au casque d’un rouge incongru, de rares piétons – ombres aussitôt disparues à l’angle des immeubles. La lumière éclatante assommait tout le relief des choses, si proches, plates et colorées qu’il lui semblait possible de les attraper de la main, si loin fussent-elles en réalité. Elle sortait du travail, satisfaite d’elle-même. Elle avait bouclé des dossiers en souffrance depuis des semaines, convaincu sa chef de l’utilité de valider la nouvelle procédure qu’elle avait conçue pour parfaire la démarche qualité de l’entreprise.

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Lancer la musique

« Couronnes, Ménilmontant… Père Lachaise. Couronnes, Ménilmontant, Père Lachaise. Descendre à Père Lachaise. »

Pierre avait appris cette suite par cœur dans le train qui l’avait amené à Montparnasse. Il ne connaissait pas bien Paris. Ou seulement le treizième arrondissement. Le bout de la ligne sept, les Gobelins. Les Gobelins parce que c’est l’école de cinéma qu’il avait toujours voulu faire. Il avait fini par choisir une autre voie, sous la vindicte de ses parents, qui voyaient en lui un conseiller bancaire. Qui gagnerait de l’argent.

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Ecrire, donner un bout de soi en pâture à l’autre, raconter et se raconter à travers des vies et des histoires qui ne sont pas les nôtres. Se dire dans les silences. Si l’inconscient est ce qui s’énonce à l’insu du sujet, que reste-t-il de libre arbitre ?

Dans ce que nous contrôlons, chaque jour, dans la représentation de nous même, qu’est-ce qui nous échappe ?

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