Sans Titre

J’adore écrire. C’est vrai, j’adore ça. C’est un bruit qui me berce, qui me calme, qui m’apaise ; c’est la musique silencieuse de la plume qui glisse plus ou moins bien sur la feuille à carreaux si scolaire. J’en fermerais les yeux.

J’adore écrire. C’est vrai, j’adore ça. C’est un si grand plaisir que de savoir mettre les mots dans le bon ordre, de leur donner un sens ou pas ; c’est la farandole immobile de lettres calligraphiées avec soin et desquelles ressort une signification. J’en ouvrirais les yeux.

            Mais je ne veux pas vous écrire de moi. Je connais une jeune fille qui adore écrire également, un peu à ma manière, mais surtout beaucoup à la sienne. C’est presque inné, chez elle, c’est sidérant. Elle connaît les mots et leur ordre comme un astronome connaîtrait les étoiles et leur place, et elle jongle avec les images comme il jonglerait avec les chiffres. Ils tombent toujours juste.

Elle adorait inventer des histoires rocambolesques, des intrigues incroyables, des situations extraordinaires, de l’art-fiction. Elle utilisait toujours la même recette : une personnage principale qui lui ressemblait en partie, et à qui elle créait des amis, des ennemis, des problèmes inextricables et des solutions peu probables.

Et pourtant, elle y croyait, elle.

Elle y croyait tellement fort que sa vie était la suite des biographies de ses personnages. Pas l’inverse, ah ça non. Si elle était amoureuse, elle était amoureuse ; si elle tombait malade, elle tombait malade ; si elle avait un tic qui soulevait son sourcil gauche, elle avait un tic qui soulevait son sourcil gauche ; et ainsi de suite. Elle y croyait tellement fort que quand elle entendait un des prénoms de ses personnages, elle se retournait.

Elle aimait ça, aussi. Choisir les prénoms. Elle n’avait pas décidé du sien pour les autres, pourquoi n’aurait-elle pas décidé des siens pour elle, après tout ?… Et puis, cela l’occupait. Choisir un prénom, créer un physique, une psychologie, créer une vie nouvelle qui n’évoluait que sous forme calligraphique. Des signes sur un support. Et puis c’est tout. Elle en avait marre.

Ses principaux points communs avec ses personnages, c’était leurs différences. Autant elles n’avaient aucune minute de répit, autant elle s’ennuyait ; autant elles avaient des sourires éclatants, autant elle en ébauchait des ternes ; autant elles avaient une personnalité, autant elle en était dépourvue. Pourquoi croyez-vous qu’elle s’en construisait autant, si elle en avait une qui lui suffisait ?…

Malgré ces occupations, elle avait elle-même énormément de préoccupations. Elle savait, aussitôt un début terminé, que c’était dangereux pour sa santé mentale si elle continuait. Mais elle était boulimique de ce plaisir qu’elle avait les moyens de s’offrir, une fois partie, rien ne pouvait l’arrêter. Rien, ni surtout personne. Les autres… Elle avait déjà assez de ses autres à elle !

Elle se posait énormément de questions. Si elle s’imprégnait de ses personnages, avait-elle alors le pouvoir d’écrire sa propre vie ? Jusqu’ici, elle n’avait fait mourir aucune de ses personnages. Ce n’est pas qu’elle n’osait pas, c’est juste qu’il y avait trop de sad end dans la réalité pour qu’elle en rajoute encore dans le virtuel. Et puis, elle n’en avait pas le courage. Pourquoi verser des larmes pour des mots sur du papier puisqu’elle en versait déjà trop dans l’autre dimension ? De toute façon, elle seule avait le pouvoir de décider. Que c’était jouissif !…

            Un jour, elle décida de commencer un autre début. Comme à chaque fois, elle se demandait si elle allait aller jusqu’au bout. Elle savait déjà qu’elle allait inverser les rôles : pour une fois, sa personnage lui ressemblerait, et pas l’inverse. Non mais sans blague. Et qu’elle vienne lui dire quelque chose !… Ca serait donc cette fois-ci un récit légèrement autobiographique. La feuille comme miroir. Elle se demandait ce que cela pourrait bien donner. Elle raconta donc à la troisième personne l’histoire d’une jeune fille qui adorait écrire. C’est vrai, qui adorait ça. C’est un bruit qui la berçait, qui la calmait, qui l’apaisait.

Mais elle ne savait pas précisément comment ça se terminerait. Elle savait que ce ne serait pas un happy end, une fois n’est pas coutume. Peut-être allait-elle la faire tomber gravement malade. Peut-être allait-elle la faire sombrer dans la folie. Non. Mieux que ça. Elle était curieuse. Alors elle décida de la fai1

 

1 Nous avons décidé de laisser telle quelle la fin du récit, sans rien changer au manuscrit d’origine sur lequel l’auteur a été retrouvée morte. (Note de l’éditeur)

Chez Florence

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Comments

  1. J’aime bien, merci Florence.