Un battement, doucement, doucement. Un souffle, délicieusement hurlant.
La chaleur l’avait laissée, au réveil. Le drap contre sa peau lui paraissait rêche, faible palliatif de ces mains fiévreuses, qui avaient tant de fois laissé son corps essoufflé. Elle s’était arrachée du rêve trop présent à la sonnerie stridente du réveil. Elle aurait bien voulu se retourner, se rendormir, retrouver les bras heureux.
Mais les sensations s’étiolaient comme ce morceau de papier détrempé, celui qui porte un numéro qu’on ne veut pas perdre mais qu’on ne devrait pas avoir. Celui dont on sait qu’il finira collé au fond d’une poche dans une machine à laver. Celui dont on cherchera à déchiffrer les pattes de mouches au travers des peluches.
Tapotement régulier. Et les gouttes qui coulent le long des vitres.
Le contact du sol lui avait arraché une grimace. Cette sensation moite des jours de pluie et du froid de l’hiver qui commence à ouvrir ses grands bras l’horrifiait. Il faudrait mettre une écharpe. Ne pas attraper froid. Faire honneur. Ouvrir grand les yeux et sourire. Mais pas avant d’avoir avalé la première gorgée de café qui ne manquerait pas de lui brûler la gorge.
Il y avait une assiette dans l’évier. Un verre. Tout était étrange, au singulier. Une part de vide, deux parts d’absence et une part de gris, le quatre quart de la solitude était bien amer, surtout sous la pluie. Elle avait regardé l’heure, en retard. S’habiller de gestes mécaniques bien huilés, mettre en place les rouages du grand théâtre et regarder les marionnettes s’animer. C’était un cirque cassé et sans public dont elle était le Monsieur Loyal décalqué.
L’odeur du café. Repousser un souvenir.
La seule chose qu’elle aimait avec la pluie, c’était l’odeur de la terre détrempée. Et l’odeur des sous-bois. Elle avait marché, lentement. Rien ne la pressait. Les pavés étaient couverts de feuilles. L’automne finissait de dépouiller son âme et les branches des feuillus autrefois si touffus. Tout lui paraissait loin. Une bulle lui avait enveloppé la tête, se glissant entre son écharpe et sa lourde capuche. C’était confortablement étouffant de ne rien voir. De laisser la pluie dehors.
L’odeur de l’humus fraichement retourné lui avait piqué les narines. Elle avait refusé de regarder. Un chien qui court, un rire qui se brise. Un souvenir qui s’échoue sur une plage de déception. Elle n’avait pas réussi à laisser couler les larmes qu’elle avait au fond de la gorge. Elle n’avait pas pu cacher son dégoût, devant le spectacle affligeant des bons sentiments qui défilaient, l’air peiné. Elle avait voulu hurler.
Une pelleté. Deux. Le chpolc contre le bois. Bruit atroce. Ne plus rien voir.
L’Histoire s’était écrite comme elle le devait. Un début. Une fin. Jamais celle souhaitée. Elle s’était trouvée stupide d’avoir espéré. Elle s’était découverte alors qu’elle n’était pas digne d’être montrée. Elle s’était crue dans la lumière alors qu’elle n’était qu’un papillon. Alors qu’elle avait du se cacher derrière un arbre dans l’allée.
Elle était rentrée, trainant, derrière elle, les souvenirs qui voulaient couler sous sa carapace. Elle aurait voulu les clouer au bois. Les enterrer. L’Hiver étendait ses bras et il n’y avait qu’un seul battement. L’odeur de la terre mouillée. Et les gouttes qui coulent le long des vitres.
Une approche intéressante de l’esseulement, qui me semble t-il est plus prégnant ici que l’échec amoureux. L’inconscient est un malin quand il parvient à tenter une compensation des deux.
(heu… seulement l’inconscient ;=)
Pas de doute, dans ce texte le ciel est bien plombé, l’espoir s’est pris un bon coup de pieds aux fesses. Faut-il aussi espérer que l’inconscient arrête d’y faire croire?
Le texte ne le dit pas.
Au plaisir