Category: à chaud

Mort sur le Net

Ces derniers mois sur les réseaux sociaux, j’ai vécu la mort de plusieurs amis virtuels, des gens qui avaient la soixantaine, quelques autres malheureusement beaucoup plus jeunes. Ça m’a attristé, évidemment, mais pas tant que ça. Le sentiment le plus fort est resté une curiosité malsaine, l’envie de savoir comment c’était arrivé, l’envie de dégénéraliser ces drames, d’être certain qu’ils étaient rares et exceptionnels, pour me rassurer, pour me convaincre qu’ils ne m’arriveront pas à moi.

 

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Lokan, le bilan, le visage…

Les billets à chaud, on se les promet aussi rapidement qu’on se rend compte que depuis le temps qu’on se les promet, on est plus à chaud. C’est pourquoi je vais faire bref, mais maintenant.

Je ne connaissais personnellement pas le site Lokan.fr avant qu’on en parle en mal ces derniers jours, que les gens lui cherchent la petite bête sur cette affaire de voyage à vélo aux USA et d’exploit sportif. Puis je me suis renseigné. Et aujourd’hui où je tombe sur sa vidéo d’adieu. Attention, mon billet n’a pas du tout l’intention de traiter la question de la véracité du voyage, ou des preuves tangibles de la transformation de l’essai, de l’honnêteté de l’intention du personnage. Toutes ces questions regardent la loi et le contrat tacite entre ceux qui ont fait des dons, les sponsors et Lokan.

Par contre, un angle reste à ma portée. Celui de la compréhension du message contenu dans la vidéo d’adieu. Quel est son sens ? Que doit-on en tirer ? Comment le percevoir ?

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D comme…

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Le carillon vient de sonner la demie. Le bruit se prolonge et résonne.  Vaciller d’un coup à peine porté, d’une ombre à peine marquée, d’un rien de réalité. Les jambes se dérobent, le ciel tremble, et l’Autre.

Le froid du métal subitement gênant. Dans le dos, la pression de la chaise se fait dense. Le long de la colonne, une goutte glacée hérisse et trace. Sans s’y attendre, le grondement sourd, malice inattendue. Sentir au creux du ventre l’appel. Un écho primal.

Prunelles floues, indicible état perdu au milieu de nulle part, pourtant tellement sien et la mémoire vive des plaisirs réactivée, l’invitation. Premier trouble qui nait d’un geste, main qui effleure, désir qui affleure. Son parfum, mourant dans l’air.

Là, les flaques de soleil pour témoin, la ruelle impavide.

Son cou comme un passage. Grain de beauté, comme une ponctuation. De l’éclat des cheveux mordus de soleil, où le chatain s’ourle de miel à l’eau de sa bouche, faisant briller ses lèvres, pointe de la langue furtive. Et des battements organiques, l’oscillation.

Le musc et la fumée de son cylindre allumé.

Lutter, pour les formes, pour la promesse de ses reins: dents coupant la pulpe des lèvres, pour éviter de penser. Ivre des éventualités. Embrasser du regard les moindres accidents de peau, faire sienne une cicatrice, comme une signature duelle.

Les pierres grises chuchotent.

Impossible trêve, où s’enlisent les flots de questions, cherchant la grève, à périr sans abysse, sans sommet, juste d’une élude, d’un prémisse, d’un oui attendu. Le souffle coupé, ou plutôt désarticulé, chercher son eau. A s’abreuver de joies temporaires, à se lover de fugaces mohairs. Prunelles grises contre ses iris, personne n’abdique.

Les nuages sont de marbre.

Perdre pied là où naissent  les refuges illicites et vouloir, être l’ornière dans laquelle s’échouer. Ses jambes se déroulent, et s’allongent, infinies.     Avoir pour quelques minutes, quelques secondes, la soie de sa peau pour dessein: le gout salé de nos peaux mouillées. Rêver d’en user jusqu’à la trame. Découdre, en découdre et s’abimer au fond du gouffre. De l’améthyste de ses yeux à l’amer triste de l’aveu.

Se taire. La peau claire que l’on imprime, et les zones ombrées que l’on devine. Probablement douces.  Pas encore, pas si vite. Un instant est si vite enfui. Les nuits sans souffle bien vite repeuplées. Ralentir l’aiguille aux montres de nos envies. Que l’abandon ne vienne pas de suite.

Même si la reddition est tue.

S’embraser d’un rien, promesse de baiser, ivresse d’être prise. Imposer le non. Combattre les reins en feu, les seins énervés, le ventre à blanc. User de mots d’airain pour se faire violence.  Non.  Se clore à tout. Se croire vainqueur. Ne céder qu’en pensée, un peu à dessiner l’onirique.

Les immeubles se penchent.

Fermer les yeux: ce serait simple. Sa bouche comme un fruit cueilli à l’aube, la rosée de ses lèvres.  Puiser à son humidité. La grâce de sa hanche, volute où poser l’interdit. Son ombre géante sur le mur, funambule démesuré à corps perdu. Ses épaules comme des points d’ancrage, ses fesses points finaux de nos sons sans mémoires, de nos sens sans histoires. Au fusain de ses mains actrices, à l’encre de nos corps.

Venir, fuir, s’offrir… Entre mes reins il se meut et se meurt. De nos corps tropiques, l’ineffable plaisir S’éreinte à l’aune des heures offertes. Se nourrit de nos incendies.

Quand tous les soleils s’épuisent, il n’y a plus que désirs des astres

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plagiat photographique, les grands et les petits.

Joachim Lapotre, jeune photographe français, m’a récemment contacté par mail pour me montrer le site d’une agence à qui il envoie régulièrement son book depuis deux ou trois ans et qui vient de sortir un cliché qui rappelle à s’y méprendre son oeuvre la plus connue, ce triptyque tout de cochonaille décédée. Seulement voilà, Joachim Lapotre n’a ni la renommée d’un Guy Bourdin ou d’un David Lachapelle et ceux qui le plagient n’ont pas non plus la visiblité d’un clip de Rihanna ou de Madonna…

A qui profite le crime ? « Pourquoi pomper » se demande-t-on en bons Shaddocks ?

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Sacrifiés ordinaires

Qui honorera la mémoire des travailleurs de Fukushima ? Évidemment, nous érigerons des stèles, des monuments. Il y aura des commémorations officielles, avec des héros de pacotille qui couperont des rubans en se tournant de trois quarts vers les caméras, et en arborant une expression de circonstance, aussi factice que leurs petits cœurs atrophiés. Ces tas de pierre ne représenteront rien.

"Chernobyl cleaners", photo de Lu Taskey

Les travailleurs de Fukushima se sacrifient en s’exposant à une mort lente, qui détruira leur corps et la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes en temps qu’hommes avant de les emporter. Le cancer n’est pas une maladie esthétique, les caméras ne pourront que se détourner. Ces hommes mourront chez eux, sous le regard de ceux qui les aiment, loin des sinistres bouffons médiatisés qui rivaliseront d’éloges à leurs égards pour accroître leur visibilité.

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