Jeudi, 16 juin, 2011 07:30
Written by sand

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Le carillon vient de sonner la demie. Le bruit se prolonge et résonne. Vaciller d’un coup à peine porté, d’une ombre à peine marquée, d’un rien de réalité. Les jambes se dérobent, le ciel tremble, et l’Autre.
Le froid du métal subitement gênant. Dans le dos, la pression de la chaise se fait dense. Le long de la colonne, une goutte glacée hérisse et trace. Sans s’y attendre, le grondement sourd, malice inattendue. Sentir au creux du ventre l’appel. Un écho primal.
Prunelles floues, indicible état perdu au milieu de nulle part, pourtant tellement sien et la mémoire vive des plaisirs réactivée, l’invitation. Premier trouble qui nait d’un geste, main qui effleure, désir qui affleure. Son parfum, mourant dans l’air.
Là, les flaques de soleil pour témoin, la ruelle impavide.
Son cou comme un passage. Grain de beauté, comme une ponctuation. De l’éclat des cheveux mordus de soleil, où le chatain s’ourle de miel à l’eau de sa bouche, faisant briller ses lèvres, pointe de la langue furtive. Et des battements organiques, l’oscillation.
Le musc et la fumée de son cylindre allumé.
Lutter, pour les formes, pour la promesse de ses reins: dents coupant la pulpe des lèvres, pour éviter de penser. Ivre des éventualités. Embrasser du regard les moindres accidents de peau, faire sienne une cicatrice, comme une signature duelle.
Les pierres grises chuchotent.
Impossible trêve, où s’enlisent les flots de questions, cherchant la grève, à périr sans abysse, sans sommet, juste d’une élude, d’un prémisse, d’un oui attendu. Le souffle coupé, ou plutôt désarticulé, chercher son eau. A s’abreuver de joies temporaires, à se lover de fugaces mohairs. Prunelles grises contre ses iris, personne n’abdique.
Les nuages sont de marbre.
Perdre pied là où naissent les refuges illicites et vouloir, être l’ornière dans laquelle s’échouer. Ses jambes se déroulent, et s’allongent, infinies. Avoir pour quelques minutes, quelques secondes, la soie de sa peau pour dessein: le gout salé de nos peaux mouillées. Rêver d’en user jusqu’à la trame. Découdre, en découdre et s’abimer au fond du gouffre. De l’améthyste de ses yeux à l’amer triste de l’aveu.
Se taire. La peau claire que l’on imprime, et les zones ombrées que l’on devine. Probablement douces. Pas encore, pas si vite. Un instant est si vite enfui. Les nuits sans souffle bien vite repeuplées. Ralentir l’aiguille aux montres de nos envies. Que l’abandon ne vienne pas de suite.
Même si la reddition est tue.
S’embraser d’un rien, promesse de baiser, ivresse d’être prise. Imposer le non. Combattre les reins en feu, les seins énervés, le ventre à blanc. User de mots d’airain pour se faire violence. Non. Se clore à tout. Se croire vainqueur. Ne céder qu’en pensée, un peu à dessiner l’onirique.
Les immeubles se penchent.
Fermer les yeux: ce serait simple. Sa bouche comme un fruit cueilli à l’aube, la rosée de ses lèvres. Puiser à son humidité. La grâce de sa hanche, volute où poser l’interdit. Son ombre géante sur le mur, funambule démesuré à corps perdu. Ses épaules comme des points d’ancrage, ses fesses points finaux de nos sons sans mémoires, de nos sens sans histoires. Au fusain de ses mains actrices, à l’encre de nos corps.
Venir, fuir, s’offrir… Entre mes reins il se meut et se meurt. De nos corps tropiques, l’ineffable plaisir S’éreinte à l’aune des heures offertes. Se nourrit de nos incendies.
Quand tous les soleils s’épuisent, il n’y a plus que désirs des astres