Category: nouvelles

Ce monstre à mon image (1/8)

Ma femme, premier violon à l’opéra de Lyon, est partie courant novembre, un soir de Ligue des Champions. Nul ne s’en est préoccupé. Qui est intéressé par l’opéra à part les bailleurs de subventions, quelques érudits endimanchés et les derniers adorateurs de l’exception culturelle peut-être ?

Mon métier tient autant de la mort que de l’art.

 

 

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Ce monstre à mon image (2/8)

Agacé, je reprends mon chemin à vive allure sans m’arrêter. Je n’ai pas réussi à échapper au système métrique. Me revoilà au même endroit, mais plus loin, au centre de la lumière, entre le réverbère et le feu de signalisation.

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Ce monstre à mon image (3/8)

Plus je réfléchis fort dans cette boîte crânienne qui ne laisse que peu de place à l’écho, plus je trouve une logique à cette Voix. Ce son apparaît dès qu’il y a une lumière. Et pas n’importe quelle lumière. Sur cet interminable boulevard, tous les cinq cents mètres il y a un feu un de signalisation, et avant lui un réverbère réglementaire. C’est entre les deux que la Voix se manifeste. Je n’ai pas assez peur pour nier l’évidence et je ne suis pas suffisamment rassuré pour faire marche arrière. Aucune voiture à des kilomètres et, comme par hasard, lorsqu’on en a besoin, encore moins de ronde alcoolisée, statistique et pécheresse de la brigade anticriminalité. À ce moment, plus de nombril à congratuler et plus d’amour-propre à exposer, il ne reste que ce qui fait de nous des animaux différents, cette curiosité obsessionnelle…

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Ce monstre à mon image (4/8)

Plus de batterie dans mon baladeur numérique à la mode et le vent se lève enfin. À force de longer les quais, j’ai rejoint le quartier chinois où plus personne ne parle cantonnais, puis le quartier arabe où le shit a connu une curieuse inflation, et enfin le quartier universitaire où l’alcool promet la pilule du lendemain. Et c’est en refusant une charmante proposition pour une quelconque colocation gauchiste à tendance cheguévarienne que j’entends une voix. La même que celle dans le taxi. Je stoppe ma marche, mais plus rien. Juste le sifflement du vent sec dans les arbres. Je n’ai pas suffisamment d’amis de mauvais goût pour avoir droit aux joies d’une caméra cachée, et le bitume me colle depuis si longtemps à la peau que je ne relèverai pas cette occurrence. Cinq cents mètres. Encore cette voix. Je me retourne en opérant une rotation complète, en slow motion, pour tenter de percer à jour la nuit. Bien sûr ! C’est ridicule, mais Michael Bay aurait apprécié !

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Ce monstre à mon image (5/8)

près une étreinte étrange, il me donne finalement un petit papier où est inscrit l’ordre de mon ultime mission. Rien d’exotique cette fois, pas d’avion ni de bateau, l’adresse est de l’autre côté de la rue, en face de chez moi. J’ai jusqu’au petit matin pour m’exécuter. Plus de mots, que des ombres partant dans des directions opposées. Il me reste une longue marche cette nuit pour graver chaque instant jusqu’à mon dernier office.

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